2 oct. 2014

Pour le cours de conversation du mercredi 8 octobre



 Bonjour,

La prochaine fois nous parlerons sport.

Comme bases nous utiliserons deux documents.
Tout d'abord, une page du  Courrier International intitulée "La signalétique du Mondial".
( Merci à Ineke qui nous a préparé ce document)

Puis un article du journal Le Monde sur une initiative des employés du journal.
1 Donnez un titre à cet article.
2 Vous travaillez dans cette entreprise. On vous fait part de ce projet. Réagissez.


C'est dans la salle fumeurs que l'idée a jailli : fonder un club de jogging dans l'entreprise. Osé, dans un journal comme Le Monde où le sport fait peu d'adeptes. Mais quelques-uns sont devenus accros...



Certaines idées surgissent parfois là où on les attend le moins. C'est dans la salle fumeurs du cinquième étage du journal que l'idée d'organiser un jogging hebdomadaire a germé, en février 2012. A voir ce lieu sombre et exigu, avec ses quatre sièges déglingués et ses murs jaunis par la nicotine, on peut supposer que l'initiative résultait d'un besoin inconscient d'oxygénation, d'un désir vivifiant de grands espaces. C'est fort probable, mais on ne s'est jamais vraiment penché sur la question.

L'idée se voulait simple : rassembler une fois par semaine (pour des questions d'emploi du temps, le jeudi s'est imposé) les joggeurs du journal, et tous ceux qui voulaient le devenir, pour une balade sportive. A l'heure du déjeuner, on espérait regrouper des employés de tous les services, quel que soit leur niveau dans la hiérarchie de l'entreprise. Bref, on voulait ratisser large avec pour seule devise : " On court avec tout le monde mais dans la bonne humeur ! "
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Sauf que le ciel était bas et que le thermomètre n'incitait guère à mettre le nez dehors. Prudemment, nous décidâmes d'attendre quelques semaines avant de lancer officiellement le projet par un e-mail envoyé à tous les salariés du Monde. Il précisait : " En accord avec la direction et les syndicats, aucune prime ne sera versée aux dix premiers inscrits...

 Les premiers candidats se sont présentés assez vite. Lors de la première séance, nous devions être cinq ou six à nous élancer sous un léger crachin vers le Jardin des plantes. Après une quarantaine de minutes, nous sommes rentrés trempés sous une averse de grêle. En nous réfugiant dans le hall du journal, nous avons alors décidé spontanément de nous applaudir. La semaine suivante, il faisait beau mais nous avons encore salué notre retour par des applaudissements. Dix-huit mois plus tard, c'est devenu une tradition.

Le noyau dur des " joggeurs du jeudi " s'est formé assez rapidement, bien que le niveau du groupe soit hétérogène. " Pour moi, ce fut une découverte. Jamais je n'avais expérimenté le jogging avant, et il a fallu l'émulation d'une bande de copains pour me décider à me dérouiller un peu ", raconte Macha Sery, rédactrice au " Monde des livres ". " C'est devenu un rituel, presque une obsession, en tout cas un bol d'air, assure Sandrine Cabut, du service Sciences. Chaque jeudi, le défi est de bloquer le créneau 12-14 heures pour aller courir avec les copains. Jusque-là, l'idée du sport en entreprise ne m'avait guère tentée : "Transpirer, oui, mais pas avec des collègues de bureau". J'avais tort. Je suis vite devenue accro à ces entraînements qui sont un vrai moment de convivialité et d'intégration. "

Grâce notamment aux endorphines - ces hormones dites du bonheur que libère naturellement le cerveau après quelques dizaines de minutes d'effort -, courir rend heureux, affirment les scientifiques. Ce qui a séduit dans les étages du journal, c'est peut-être cette philosophie du jogging qui mêle le plaisir de courir à celui du dépassement de soi. Car même si nous cumulons une vingtaine de marathons et comptons près de 2 000 kilomètres de petites foulées, nous n'avons jamais gagné une course ! Nous sommes donc loin de la performance pure et de l'esprit de compétition. " Les entraînements sont ouverts à tous et à tous les niveaux, sans chichi ni quête de records, confirme Anne Hazard, éditrice à M le magazine du Monde. On arrive comme on est, coureur débutant ou marathonien, et on partage le plaisir de courir. On souffle, on se vide la tête. Les plus aguerris encouragent les autres, les poussent pour se dépasser. On s'attend, on se motive. Si j'étais dubitative en intégrant ce groupe, je n'ai plus de doutes sur le plaisir que j'ai à le retrouver. C'est une saine parenthèse. "

Le simple fait de courir ensemble efface les différences. " En basket et en jogging, il n'y a plus ni journaliste ni administratif, mais juste des individus qui viennent passer un bon moment ensemble. On parle rarement boulot et au 3e tour de Montsouris, on ne parle plus du tout ", reconnaît Laure Penchinat, secrétaire générale de la Société des lecteurs. " Pour les gens qui, comme moi, sans être asociaux, ne se classent pas dans la case "boute-en-train infatigable", l'expérience de la fraternité sportive est toujours bienfaisante, assure Luc Cédelle, responsable de la rubrique nécrologie. Le bien-être n'est pas égoïste, il est communicatif. On n'a rien inventé, mais c'est une heureuse confirmation. " " Cette camaraderie hors de quatre murs, au-delà des formules de politesse adressées dans un ascenseur, est devenue le principal moteur de ma course ", ajoute Macha Sery.

Barbara Bleuse et Agnès Friez, de la régie pub, ont croisé le groupe de coureurs au moment où il s'élançait joyeusement vers le parc Montsouris (14e) au printemps dernier. Elles l'ont rejoint dès la semaine suivante. " On nous organise des séminaires pour qu'on ait l'occasion de mieux sympathiser entre collègues d'un même service, confie Agnès. J'ai trouvé plus dopant, plus efficace et tellement plus sympathique de courir le jeudi. C'est l'occasion de décompresser, de partager une activité, de rencontrer les anonymes qu'on croisait tous les jours sans les aborder. "

Au sein de l'entreprise, le bouche-à-oreille a bien fonctionné et, au fil des séances et dans un contexte difficile pour la presse, les collègues sont devenus des copains. Il faut dire qu'après le retour aux vestiaires, la plupart se retrouvent pour former une grande tablée à la cantine ou, aux beaux jours, déjeuner en terrasse à deux pas des locaux. " On parle un peu boulot, mais c'est surtout un bon moment d'amitié ", confie Sylvie Chayette, de M le magazine. " Il y a de nombreux échanges sur la vie professionnelle mais aussi privée, se félicite Pierre Flament, trésorier du groupe. On crée des liens à tous les étages. "

Mais jusqu'ici il manquait aux joggeurs du Monde un défi. En juin, l'envie de s'inscrire à une première course a jailli dans le peloton. La distance de 20 kilomètres - qui reste accessible après quelques semaines d'entraînement - a donc été acceptée à l'unanimité. Dimanche 13 octobre, nous étions douze à prendre le départ des 20 km de Paris, et à porter un tee-shirt arborant les lettres gothiques du journal.

" C'est incontestablement un élément fédérateur des salariés au sein de l'entreprise, note Olympe Oger, du service juridique. En participant à une course sous les mêmes couleurs, on montre aussi son attachement à l'image de la société pour laquelle on travaille. " Pour la plupart des concurrents, il s'agissait d'une première course, d'un premier dossard. La vraie fierté, c'est que tout le monde a franchi la ligne d'arrivée. " L'émulation fait progresser et reculer ses limites ", se félicite Sandrine Cabut. " Ce qui allait se passer dans mon corps après une heure de course restait jusque-là un mystère, reconnaît David Larousserie, du service sciences. Une certaine euphorie était palpable. Finalement, je me suis senti léger et en pleine forme. "

Histoire de prolonger la course, les coureurs du jeudi avaient réservé une table dans une brasserie du 15e arrondissement. " L'effort conjoint, la victoire partagée, un bonheur de gamin à arborer une médaille super-moche, énumère Luc Cédelle. On n'a toujours rien inventé, mais je vous garantis que ça fait sacrément du bien ! " Puis nous avons levé nos verres : " Au semi-marathon que l'on courra ensemble l'année prochaine... "

Guillaume Fraissard et Pierre Lepidi


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