Lors de notre prochaine séance, nous reviendrons sur le lexique de l'environnement avec ce "nuage de mots":
Puis, nous nous pencherons sur l'histoire d'un homme et de son "usine à bébés". Voici l'article:
La folle "usine à bébés" d'un jeune millionnaire japonais Le nouvel Observateur 06-09-2014
Un richissime héritier japonais a
réussi à concevoir plus de 30 enfants avec des mères porteuses en Thaïlande. Il
voulait aller jusqu'à 1000, et continuer jusqu'à sa mort. Le pays est sous le
choc.
1) En
2012, un jeune Japonais, cheveux longs et lunettes d'étudiant sage, Mitsutoki
Shigeta, contacte New Life Global Network, une agence internationale de
gestation pour autrui (GPA) basée en Géorgie. Habituée aux couples mûrs en mal
d'enfants, la directrice Mariam Kukunashvili est surprise par l'âge du candidat
- 22 ans - et plus encore par sa demande insolite : procéder simultanément à
deux GPA avec deux mères
porteuses.
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2) Mariam
accepte de recruter deux Thaïlandaises qui seront suivies dans une clinique
spécialisée de Bangkok, All IVF. Les deux grossesses se passent sans
encombre et aboutissent à trois naissances. Quand l'heureux père la contacte à
nouveau, et lui demande qu'on lui organise dans la foulée plusieurs autres GPA
en Thaïlande, Mariam commence à s'interroger. Entre-temps, elle a appris du
personnel médical à Bangkok que le jeune Shigeta ne fait pas mystère
de son désir de mettre au monde beaucoup de bébés.
3) Cent, voire mille, au rythme
de "dix ou quinze chaque année, jusqu'à sa mort", puisqu'il veut
faire congeler son sperme pour pouvoir continuer à procréer même quand l'âge
l'aura rattrapé et qu'il souhaite acheter l'équipement nécessaire pour stocker
les paillettes de sperme chez lui. Et quand on s'étonne, il n'hésite pas à
déclarer : "Mais c'est le meilleur cadeau que je puisse faire au
monde !"
4) Alarmée,
Mariam Kukunashvili tente de calmer l'enthousiaste, en vain. Elle finit par
alerter le patron de la clinique de Bangkok. C'est sans compter avec le
singulier pouvoir de persuasion du jeune homme et, surtout, celui de son
portefeuille. Son père est le magnat des télécoms Yasumitsu Shigeta, qui fut la
5e fortune mondiale jusqu'à la débâcle des
dot-coms (la bulle internet).
Depuis, il se
classe seulement au 11e rang des
fortunes de l'archipel, avec des avoirs estimés tout de même à 2 milliards
d'euros. Son fils possède 34 millions d'euros et des sociétés dans la plupart
des pays de la région. Une fortune bien suffisante pour que le médecin chef
jette aux orties toute précaution et toute mesure, et fournisse à son
insatiable client les moyens de réaliser son projet délirant : engendrer une
ribambelle d'enfants. Combien au juste ? Quinze ? Vingt ? Plus encore ? A ce
jour, l'enquête n'a pas encore réussi à le déterminer.
5) Malgré son
projet détonnant, le géniteur en série aurait pu tranquillement continuer à
fabriquer des descendants par douzaines dans le petit monde peu regardant de la GPA thaïlandaise si celui-ci n'avait été
secoué, il y a peu, par un premier scandale. Le 31 juillet, à Bangkok, une mère
porteuse en colère révèle à la presse que le couple australien pour lequel elle
a mis au monde des jumeaux est reparti avec l'un des bébés, abandonnant sur
place son petit frère, trisomique.
6) Choc dans
tout l'Extrême-Orient, et plus encore en Thaïlande, où l'opinion tombe des nues
en découvrant ce qui se passe dans des hôpitaux et cliniques qui jouissaient
jusqu'ici d'une image extrêmement positive. Grâce à une absence totale de
législation, ils sont devenus les fournisseurs peu scrupuleux du tourisme
médical à visée reproductive.
Mais c'est la révélation quasi
concomitante du projet dément du jeune Shigeta qui va déclencher la tempête. Le
5 août, sur les indications d'un informateur, les policiers font une descente
dans un immeuble ultramoderne, The Niche, une luxueuse résidence à
l'architecture élégante du nord de la capitale.
7) Dans
plusieurs pièces remplies de jouets mais à l'ameublement spartiate, ils
trouvent neuf bébés âgés de 2 semaines à 2 ans, neuf nourrices ainsi qu'une
jeune femme enceinte de sept mois. A la tête de ce gynécée, une Japonaise de 27
ans, Yuko Unno, gère les affaires au nom du riche héritier. On ne sait pas si
elle et lui forment un couple. On sait, selon des sources sûres, que la Japonaise
serait une transsexuelle. On sait aussi que les deux sont ensemble quand ils
quittent le pays dans la précipitation, en emmenant peut-être un enfant.
Les bébés de
The Niche seront, eux, transférés à l'orphelinat du quartier en attendant que
leur identité soit clarifiée. Depuis, le Japonais ne s'exprime plus que par
l'intermédiaire de ses avocats et personne ne sait où il a trouvé refuge. Il
est vrai qu'il a l'embarras du choix : il possède trois passeports, un
japonais, un cambodgien et un hongkongais.
8) Restées
sur place, les mères qui ont porté les neufs bébés avant qu'ils soient confiés
chacun à une nourrice sont, elles, retrouvées. Elles racontent toutes la même
histoire. Elles ont été approchées par une agence qui leur a proposé à chacune
7.200 euros – 9.500 pour des jumeaux - plus une allocation mensuelle de 450
Euros pour porter l'embryon d'étrangers stériles, "une bonne action
qui générera un bon karma". Des sommes considérables aux yeux de ces
femmes issues des régions déshéritées du Nord.
Quant au
commanditaire, Pat, l'une des mères porteuses, 21 ans, le décrit
comme "un type ordinaire" qu'elle a croisé deux fois
pendant sa grossesse et qui a assisté à l'accouchement sans jamais lui adresser
la parole. Aucune des jeunes femmes contactées ne savait qu'elle contribuait en
réalité à peupler la "ferme des bébés" personnelle de ce
Japonais taciturne.
9) Interpol
décide enfin d'ouvrir une enquête dans tous les pays où le millionnaire possède
des intérêts. En Inde, on retrouve la trace de trois autres enfants et
peut-être aussi les sources de l'affaire. A ce que l'on suppose aujourd'hui,
c'est dans ce pays que Shigeta, alors qu'il avait à peine dépassé les 20 ans, a
démarré son grand projet. L'Inde était alors un paradis pour quiconque
recherchait des mères porteuses, dans n'importe quel cadre. Ce n'est qu'à cause
des mesures prises en 2012 par New Delhi pour en finir avec les dérives et
réserver ces prestations aux seuls couples mariés que le marché s'est reporté
sur la Thaïlande, au fou juridique avantageux.
10) Devant
cette succession de rebondissements hallucinants, la police thaïlandaise a
d'abord cru à un vaste trafic d'enfants. L'avocat de celui qui en est accusé le
conteste :
Mon client est prêt à montrer aux enquêteurs
ses enfants qui vivent hors de Thaïlande où ils sont extrêmement bien
traités, a déclaré ce dernier. Si ces bébés étaient destinés à la vente,
pourquoi alors leur père a-t-il ouvert des comptes et mis des biens à leur nom
?"
11) Celui-ci,
à en croire une lettre remise à la police, affirmerait n'être animé que par le
désir d'avoir des héritiers auxquels il pourra plus tard transmettre la fortune
de sa famille. Et les résultats d'un test ADN, tombés le 20 août, peuvent lui
donner raison. Ils confirment que tous les bébés présents en Thaïlande ont les mêmes gènes qu'un échantillon
fourni par Shigeta. Du coup, l'avocat se met à réclamer que la dizaine
d'enfants retenus par les autorités ainsi que celui à naître soient restitués à
leur géniteur. Et comment empêcher cela ?
12) Aux yeux
de la législation thaïlandaise, le test ADN suffit pour prouver la paternité.
Mais combien d'enfants cela concernerait-il ? En épluchant le bail de
l'appartement, les enquêteurs thaïlandais viennent encore de découvrir
l'existence de vingt et un autres bébés, tous nés à Bangkok, et
enregistrés à cette adresse entre novembre 2013 et juin 2014.
13) A ce
jour, cela porterait donc le total (peut-être provisoire) de la fratrie Shigeta
à plus de trente-cinq, tout en ajoutant encore de la confusion à la confusion :
les registres de naissance ont révélé que ces vingt et un petits sont issus
d'ovules provenant de femmes appartenant à huit nationalités différentes : neuf
Espagnoles, trois Israéliennes, deux Suédoises, deux Brésiliennes, deux
Australiennes, une Américaine, une Chinoise et une Malaise !
14) A Bangkok,
l'opinion, sonnée par ces révélations en rafale, se pose des questions :
comment des médecins appartenant à l'élite de la profession ont pu se prêter à
de telles dérives ?
A Tokyo, la
gêne n'est pas moindre. Même la Bourse s'en est ressentie. Le déballage des
étranges projets de l'héritier maudit a fait chuter de plus de 11% l'action de
l'entreprise familiale. Mais la famille fait bloc.
Ursula
Gauthier
Quelques
commentaires:
Si
l'enquête de police montre que ce monsieur voulait vraiment avoir une grande
famille, je ne vois pas où est le problème, même si l'idée parait saugrenue.
pioupiou: Je ne vois pa
où est le problème. C'est bien là que j'en vois un! Au vu des commentaires, je
crois que la partie est perdue, je démissionne.
Socialement, moralement,
humainement, etc. absolument intolérable : les Etres humains sont des personnes
uniques et singulières, non pas des choses qu'on produit sériellement à
l'identique !
A
partir du moment où Shigeta a les moyens de nourrir et d'élever sa progéniture,
pourquoi pousser ces cris d'orfraie devant un fait banal dans d'autres pays,
aujourd'hui ou autrefois ...
Ce qui est dément, c'est
que dans notre monde, des particuliers puissent amasser une telle fortune.
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