Voici l'article à lire pour mardi prochain.
Bonne lecture
Le guide papier fait de la
résistance
Plus
complémentaires que rivaux, les services proposés sur Internet ne portent pas
tort aux éditions reliées
Il en est des guides de voyage comme des voyages : si le plus beau des périples est celui que l'on n'a pas encore fait, le meilleur des guides est celui qui n'a pas encore été écrit. Mais, au-delà de la formule et en attendant cet ouvrage parfait, les éditeurs rivalisent d'imagination pour proposer des guides correspondant aux nouvelles attentes des voyageurs.
Leur cahier des
charges, au fil des ans, s'est clairement modifié : il faut désormais offrir
davantage de courts séjours, de destinations proches, de formules week-end. Il
convient également de se singulariser par des contenus originaux privilégiant
l'insolite ou les activités hors normes.
Mais, surtout, les
éditeurs de guides traditionnels doivent tenir compte d'Internet et des
nouveaux outils numériques (iPad, smartphones, etc.) qui pour deux Français sur
trois, selon une enquête Ipsos de l'été 2011, sont devenus des soutiens
précieux à la préparation au voyage.
Cette adaptation était
nécessaire et bien leur en a pris : alors que le poids de l'Internet croit
sensiblement dans notre vie quotidienne, le guide papier, celui que l'on plie,
griffonne, annote, sur lequel on colle des Post-it, où l'on glisse des photos
ou tickets souvenirs, n'a quasiment pas baissé en diffusion. Mieux, une
décennie après l'essor d'Internet, les guides ont réussi à s'adapter pour
rester un complémentaire à la Toile.
Chez Michelin, Olivier
Brossollet, le directeur des guides de tourisme, reconnaît que les habitudes de
voyage ont vraiment changé : " On ne visite plus un pays comme les
Etats-Unis ou l'Espagne en un mois comme on le faisait avant, explique-t-il.
On va de plus en plus dans une région, une sous-région ou une ville.
Plusieurs échappées courtes se sont substituées au grand voyage. "
En conséquence, les
guides se sont adaptés : format réduit, segmentation plus pointue. Les guides
de court séjour représentent ainsi chez Michelin une quarantaine de titres soit
un petit tiers de l'offre totale. L'accent a également été mis sur le
plein-air. La montée en gamme des campings qui sont au fil des années devenus
de l'" hôtellerie d'outdoor " n'a pas échappé au groupe clermontois
qui désormais propose un guide recensant 250 hébergements de plein air en
France. Une façon d'accompagner les familles qui, face à la crise, veulent
privilégier des vacances proches et plus économiques.
Pour répondre à la
boulimie d'informations des e-voyageurs, Michelin propose des e-books avec des
liens cliquables. A utiliser de préférence à l'hôtel le soir en Wi-Fi. Pour
Olivier Brossollet, le numérique reste, tant que le Wi-Fi gratuit ne sera pas
répandu, le complément du voyage, en amont, pour la préparation. Sur place, le
guide papier reste une valeur sûre.
Cette certitude est
partagée par Philippe Gloaguen, le patron du Guide du routard, qui fêtera ses
40 ans en 2013. Il est convaincu que le " guide papier a encore de
beaux jours devant lui car il reste le plus pratique en voyage ".
Le Routard n'est
néanmoins pas absent de la sphère numérique. D'abord avec Routard.com, son site
figurant en seconde position juste derrière Tripadvisor au sein du classement
des sites Internet de voyage et qui accueille plus de 2 millions de visiteurs
uniques par mois (2,391 millions en mai selon Médiamétrie). Ensuite avec les
applications sur smartphone - pour dix villes à travers le monde, dont Londres,
Barcelone, Amsterdam, New York, etc., à 4,99 euros l'unité - qui une fois
téléchargées ne nécessitent pas de connexion Internet pour être utilisées.
Les librairies
spécialisées, celles qui ont un contact quotidien avec les voyageurs, sont
objectivement les mieux placées pour analyser les tendances. Michel Marias,
patron de la librairie de voyages Itinéraires à Paris, n'a " pas senti
de baisse de vente de guide papier. Si un changement doit se produire, cela ne
se fera pas de façon brutale ", pronostique-t-il. D'autant plus que,
bien souvent, ce sont des utilisateurs qui sont très attachés à un éditeur ou à
une collection.
Baptiste Gros est
libraire chez Voyageurs du monde, rue Sainte-Anne à Paris. Pour ce
professionnel, lorsque l'on est habitué à un éditeur, on en change rarement :
le lecteur du Routard par exemple, apprécie ce guide pour de multiples raisons.
" Il aime le ton "tape dans le dos", le style "viens
avec moi, je vais te montrer ce que j'ai aimé". Un plus aussi : c'est un
guide écrit par des Français pour des Français, à la différence d'autres
guides, comme le Lonely Planet, qui sont traduits et s'adressent initialement à
des voyageurs anglo-saxons ", explique M. Gros.
Quant au voyageur
lui-même, il suffit d'interroger les clients d'une grande enseigne de produits
culturels au rayon guide. Chacun a ses préférences : telle grande voyageuse,
archéologue, ne partira jamais en voyage à l'étranger sans son Guide bleu,
quand cet étudiant en quête de bons plans s'appuiera sur le Routardet les
tuyaux fournis sur des sites spécialisés par des locaux bénévoles (lire
ci-dessous).
Dans la période
actuelle économiquement et politiquement troublée, Internet est indispensable
si l'on veut bénéficier d'informations mises à jour. Dans certains pays comme
l'Espagne, le Portugal ou la Grèce, des enseignes d'hôtels et de restaurants
ont pu bouger au cours des derniers mois. Comment s'assurer sans Internet que
la délicieuse taverne grecque située quai Tzelepi, derrière la place Karaïskaki
au Pirée, n'a pas, elle aussi, payé son tribut à la crise ?
François Bostnavaron
© Le Monde